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| >>Proposer la foi à nos frères
musulmans Michel Gitton* |
Publié le lundi 28 mai
2007 à 12h53 -Amasih.net-
Source:
libertepolitique |
Proposer
la foi à nos frères musulmans
Michel Gitton*
Les Français, et particulièrement les chrétiens, vivent dans
l’ensemble assez mal la cohabitation avec l’islam qui leur est
imposée par la situation d’aujourd’hui. Il serait plus facile
d’être généreux et tolérant si on n’avait pas ces gens-là chez
soi, presque à notre porte, faisant du bruit au moment du
Ramadan, exhibant une image de la féminité qui nous révulse,
contestant notre sacro-sainte laïcité, et creusant le déficit de
la Sécurité sociale.
Derrière bien des attitudes de critique et de mépris se cache
souvent tout bêtement, la peur, peur de se réveiller demain
envahis par un islam conquérant, à la natalité débordante ; peur
de voir remis en cause des acquis qu’on croyait définitifs :
l’égalité entre les sexes, le renvoi du religieux à la sphère
privée, le libéralisme sous toutes ses formes et finalement le
Veau d’Or installé au cœur de notre société.
Il existe évidemment des chrétiens engagés dans le dialogue avec
les musulmans, qui nous chantent les beautés d’un islam en voie
d’accéder aux valeurs du pluralisme, de la démocratie et du
libre examen et qui nous font croire qu’une fois reconnue leur
place dans la société française, les musulmans contribueront
avec nous à l’édification du futur. Et ainsi corrigeront-ils
d’eux-mêmes les images négatives qu’ils véhiculent actuellement
encore…
Un grand absent
Dans un cas comme dans l’autre, il y a un grand absent :
l’évangélisation. Soit qu’on refuse d’envisager la possibilité
pour le musulman venu chez nous d’accéder à la foi en
Jésus-Christ, soit qu’on estime toute tentative en ce sens comme
une odieuse manœuvre de prosélytisme, le trait commun, c’est
qu’on n’envisage pas un seul instant le Maghrébin qui habite en
bas de chez nous comme pouvant nous rejoindre un jour dans notre
foi et chanter avec nous à la messe. Et pourtant, que d’exemples
nous montreraient que le musulman d’aujourd’hui peut être le
chrétien de demain, et qu’en tout cas, il existe chez beaucoup
une réelle attente, que trop peu souvent des chrétiens savent
entendre !
Ce qui nous manque, c’est précisément de rencontrer sur ce
terrain nos frères musulmans. Nous verrions, si nous nous y
risquions, que Abdel ou Rachid ne sont probablement pas les
islamistes fanatiques que nous imaginons, qu’ils se posent comme
nous des questions sur leur foi, qu’ils se sentent fragiles face
à l’exacerbation des envies que sème la société de consommation,
qu’ils n’apprécient pas tellement les docteurs de la Loi qu’on
leur expédie d’Arabie Saoudite, qu’ils ont pour leur femme plus
de respect et d’estime qu’on ne pourrait le croire, etc., etc.
Et nous sentirions peut-être aussi leur désarroi, à eux qui ont
souvent un sens religieux resté vif, devant la platitude de
notre monde sécularisé, leur étonnement devant nos églises
vides, leur scandale devant nos modes impudiques…
Nous pouvons masquer tout cela en leur disant de rester de bons
musulmans, tandis que nous nous essaierons de devenir de bons
chrétiens. Chacun chez soi, Dieu étant le même pour tous, il
suffit de se respecter, n’est-ce pas ? Et puis nous sommes tous
fils d’Abraham, réunis par une même foi monothéiste, parait-il.
Le Coran d’ailleurs ne fait-il pas référence avec honneur à
Jésus, le Messie ?
Il y a là un abandon, qui devrait nous faire mal. Si la foi en
Jésus-Christ Fils de Dieu est notre vrai bien, le don
incandescent et immérité que nous avons reçu, comment penser
qu’il ne vaille que pour nous, et qu’il ne soit pas aussi offert
à notre frère musulman ? Comment pourrions le laisser sans
discuter à cet ersatz de Révélation, tellement insatisfaisant,
mais que, faute de mieux, il a reçu et à travers lequel il a
peut-être perçu quelque chose des perfections du seul vrai Dieu.
? Il ne s’agit de détruire pour détruire, mais de l’aider à
discerner, de lui fournir les moyens de se faire lui-même une
opinion sur les sources de sa croyance (qu’on lui a toujours
cachées), comme nous-mêmes n’hésitons pas à le faire avec nos
propres textes. Tout cela sans polémique et surtout sans mépris.
Car une fois encore, ce frère que nous rencontrons, nous sommes
prêts à reconnaître qu’il nous dépasse sans doute par son
courage et son sens des choses de Dieu. Mais nous l’avons trouvé
sur le bord de la route, blessé par le monde où nous vivons, il
ne s’agit pas de le laisser à lui-même, si nous pouvons faire
quelque chose. Toute sa valeur religieuse, nous le savons, ne
trouvera à s’accomplir vraiment qu’avec le Christ et dans
l’Église, alors menons-le, s’il veut bien nous suivre, jusqu’à
l’hôtellerie où il pourra être reçu et soigné.
C’est tout le sens d’un apostolat humble et audacieux en
direction des musulmans installés en France, tel qu’il en existe
déjà en plusieurs points de la région parisienne et sans doute
ailleurs.
*Le père Michel Gitton est recteur de la basilique Saint-Quiriace
de Provins. -Amasih.net-
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